« Je suis devenu homme visible pour que tu m’aimes en me voyant,… »
Saint Bonaventure (1221 – 1274), le « Docteur séraphique »
Après avoir trouvé mes origines, je commençai en ce mois de juin 2006 à les communiquer mais m’y pris assez mal dans un premier temps. J’avais pensé que de simples emails détaillant ma situation et comportant une photographie de ma grand-mère auraient été suffisants pour que l’on s’intéressât au sujet et qu’on en fût la publicité.
En fait, trois personnes seulement me répondirent. La plus importante fut Emmanuelle Mignon, une conseillère d’Etat qui était dans le Cabinet politique de Nicolas Sarkozy au Ministère de l’Intérieur et qui allait, sans que je le sache encore, devenir la directrice de Cabinet du futur Président de la République. Je lui demandai dans mon message de m’aider à conduire une médiation avec la famille connue du Comte de Paris pour ma reconnaissance.
- « Je vais voir » me répondit-elle.
J’étais assez satisfait mais n’eus pas de nouvelles pendant des mois. Les deux autres réponses furent celles de Bernard Venzo et de Cécile Pozzo di Borgo qui, semble-t-il, avaient l’air de déjà connaître cette vérité. L’un me demandait de ne pas attacher trop d’importance à ces questions du passé mais assortissait son conseil d’un « pour le moment ». L’autre, m’écrivait de son bureau d’Ambassadrice de France à Saint-Domingue pour me dire qu’elle était satisfaite que je sois fixé sur l’identité de mon arrière Grand-père. Néanmoins, elle aussi me conseillait de regarder l’avenir et donc de me détourner un peu de cette question de mon identité.
Me donnaient-ils ces conseils pour me protéger des ennemis que ma demande de reconnaissance pouvait me créer alors même que je n’avais pas encore de situation professionnelle ? Ne me disaient-ils pas cela plutôt pour protéger les intérêts de cette famille connue du Comte de Paris qui m’usurpe ? Me considéraient-ils à tord comme un bâtard et avaient-ils en tête de défendre ceux qui étaient, sans qu’ils le réalisent peut-être encore, mes usurpateurs ? De toutes les manières, je n’avais aucunement l’intention de suivre leurs conseils et continuais à communiquer abondamment.
Toutes ces questions, je me les suis posé cent fois tant elles me tourmentent et me déçoivent en ouvrant les yeux sur la superficialité des opinions et des attitudes humaines de notre temps. Les réactions impulsives marquées d’une forte culture du préjugé sont désormais légion dans notre société qui ne prend plus le temps d’analyser les situations comme elles le méritent. Etre dans le faux et s’en contenter semble être le credo de ce vingtième siècle qui perdure encore dans notre vingt-et-unième siècle pas réellement lancé. Comment et quand allons-nous pouvoir changer d’époque, en finir avec les complexes et les idéologies désuètes d’un passé que les jeunes trouvent de plus en plus démodé et loin de leur style de vie actuel ? Il faut en finir avec ce culte des idées, ces programmes politiques prés formatés.
La nouvelle génération souhaite des dirigeants décomplexés, qui s’assument et qui recherchent la vérité dans leur action quotidienne sans s’enfermer dans des schémas rigides qui les obligeraient à fermer instinctivement les portes qui doivent au contraire s’ouvrir. J’espère que Nicolas Sarkozy réussira non seulement à réintroduire la politique au cœur de notre société mais surtout à refonder les bases du débat d’idées et de la gestion des affaires publiques.
Mes communications allaient bon train et s’élargissaient rapidement à tous les secteurs. Mais peu de monde me répondait. Malheureusement, je ne pus poursuivre mes actions longtemps puisque mes préoccupations se détournèrent de la question de ma reconnaissance pour se tourner vers celle du nouvel emploi, dont la prise de fonction devait avoir lieu en septembre 2006.
Egalement préoccupé par mon avenir professionnel, je m’étais mis à rechercher activement du travail depuis mon retour. J’eus une altercation avec le Cabinet du Conseil régional où j’avais fait deux stages déjà car celui-ci donna un emploi contractuel de Chargé de communication qui correspondait exactement à mon profil à un journaliste qui n’avait pas vraiment de diplômes mais qui avait sa carte au parti communiste. Je fus choqué. Le Cabinet tenta de se rattraper mais fit une plus grave erreur car ce qu’il allait me proposer sentait la précarité à des milliers de kilomètres à la ronde. Il s’agissait d’un volontariat international en partenariat avec l’association des Volontaires du progrès qui m’aurait conduit aux Seychelles pour une durée de deux années sans aucune perspective professionnelle sérieuse au-delà de ces deux années. Bien que l’idée de faire du social me paraissait intéressante, j’allais devoir perdre deux années de ma vie et vivre avec un salaire modique de six cent euros mensuels, ce qui était bien inférieur au salaire minimum légal.
Je suis scandalisé que la France se permette d’embaucher ses jeunes ressortissants à l’étranger sans respecter le droit du travail dont elle s’est elle-même dotée. Que ce soit en France ou à l’étranger, les autorités françaises ne devraient pas pouvoir payer un ressortissant à temps complet au-dessous du salaire minimum. Cela me paraît un principe de bon sens et de respect des convictions et valeurs républicaines.
La question de la rémunération des stages me paraît également poser un grave problème au sein du ministère des Affaires étrangères. Pour mes huit mois d’activité, je ne touchai pas un seul centime. Comment voulez-vous que les entreprises n’abusent pas de stagiaires non rémunérés en place en lieu et place d’embauches réelles. L’Etat, qui doit montrer l’exemple, se comporte en véritable voyou ?
Je décidai pour tenter de trouver le fameux emploi que je recherchais, en cet hiver austral 2006, une stratégie plus entreprenante. J’écrivis un email à Richard Descoings. Il ne me répondit pas directement mais une responsable de l’Association des Anciens de Sciences Po le fit à sa place. Elle corrigea mon CV, ce qui lui permit d’être plus présentable. Mais j’espérais qu’elle allait m’aider à trouver un emploi à Paris en faisant jouer les propres relations de l’établissement. Je fus dépité devant son refus de me porter un réel secours. Elle m’expliqua qu’il fallait que je disse à ma propre famille de m’aider. Je lui expliquai que ma famille n’était pas dans les affaires et qu’elle ne ferait jamais rien pour moi.
En effet, mon grand-père Lucien et ses enfants ont une règle qui consiste à ne jamais intervenir en faveur des siens pour obtenir un quelconque avantage. Cela explique sans doute que ma génération ne s’en sorte difficilement. Aucun des petits enfants de Lucien n’a encore de situation professionnelle. Or, Lucien fut un temps adjoint au maire de Saint-Denis puis président du conseil de l’ordre des dentistes et membre permanent de la section nationale de ce même conseil à Paris. Il fut surtout, entre 1997 et 1998, Gouverneur du Rotary Club des îles du sud-ouest de l’Océan Indien. Il en connaissait du monde et avait même été reçu par Raymond Barre à Matignon lorsque ce dernier était Premier Ministre. Mais sa mentalité égoïste, héritée de l’ancienne école et totalement inexcusable, était en train de transformer notre grande famille en une famille déconsidérée et en voie de paupérisation. Voilà ce que mon grand-père fit de l’argent du Comte de Paris ! Il le mit dans ses poches, veilla au maintien de l’omerta et ne pensa finalement qu’à lui. Que le déluge advienne après lui ne le tourmentait absolument pas. Il avait une philosophie systémique et considérait qu’on était seuls responsables de nos échecs. Etait-on aussi responsables d’avoir été privés de reconnaissance ?
Mon grand-père qui se permettait de dire qu’il avait réussi tout seul n’avait-il pas en fait bénéficié du soutien inespéré de l’une des plus grandes fortunes d’Europe ?
Et, à la question de savoir comment mon grand-père a fait pour tomber sur ma grand-mère, la réponse me paraît se trouver du côté des engagements qui ont été les siens pendant la seconde guerre mondiale et que je regrette sincèrement.
Il était en effet un responsable des jeunesses pétainistes à la Réunion et s’était même fait tatoué sur le bras. A la libération, il s’était employé à faire disparaître toute trace. Le Comte de Paris soutenait lui-même le régime de Vichy qui lui avait promis de le remettre sur le trône une fois que Hitler ait gagné la guerre.
C’était sans doute dans ces similitudes de parcours qu’est à chercher la raison qui favorisa la rencontre de mes grands parents, lorsque mon grand père vint faire ses études à Bordeaux au lendemain de l’armistice
Lorsque j’appris que j’étais l’arrière petit fils aîné du Comte de Paris, je ne savais pas encore que mon grand-père biologique était en fait le frère de Lucien.
J’appris cette nouvelle lors d’un déjeuner que je partageais avec ma mère dans un restaurant du village de la Plaine des cafres à mille cinq cent mètres d’altitude. Il faisait beau et nous étions tous d’une humeur excellente. Les conditions étaient donc favorables pour que ma mère se confiât à moi. Elle me révéla donc cette deuxième partie du secret. J’avais toujours dit à ma mère que sa cousine Isabelle, qui était plus jeune qu’elle, lui ressemblait beaucoup. En fait, Isabelle était la demie sœur de Maman. Je demandai à Maman si j’avais connu ce grand-père biologique, Roger Cadet, qui mourut en 1986 d’une pneumonie. Elle me répondit qu’il m’avait gardé une fois quand j’étais tout petit et que cela lui avait procuré beaucoup de plaisir.
Je m’imaginais que cela avait dû être très difficile pour lui de faire semblant de ne pas être le père de maman. Découvrir tous ces secrets de famille avait dû également été très dur pour ma mère. Elle me confia que, si sa filiation avec le Comte de Paris ne lui avait pas posé de problème majeur, savoir que son père biologique n’était pas son père officiel mais son oncle lui avait causé un certain traumatisme. Elle essayait d’éviter la question autant que de possible et j’eus beaucoup de chance qu’elle se confiât à moi en cette magnifique journée d’hiver austral que nous passions dans les montagnes réunionnaises. Elle me dit qu’elle apprit ces deux secrets de famille en même temps quand elle avait dix-huit ans, c’est-à-dire probablement en 1969 puisqu’elle naquit le trois janvier 1951. Elle vivait alors à Bordeaux avec ma grand-mère qui avait divorcé quelques années plus tôt et rejoint la métropole.
Mon grand-père demanda bientôt à ma mère de revenir à La Réunion pour vivre avec lui. Elle venait de terminer son lycée et avait appris sa véritable filiation. Sans doute mon grand-père avait-il eu vent de ces révélations et souhaitait-il garder Martine auprès de lui. Il a toujours beaucoup aimé ma mère sans doute davantage qu’il n’a aimé chacun de ses enfants. Ma mère accepta de rentrer. Elle était de toute façon incapable de dire non.
Françoise resta à Bordeaux et reçut une éducation solide. Elle décida de suivre des études de pharmacie qu’elle réussit très bien et qui lui offrirent, parmi les enfants de Colette, le meilleur statut social. Colette avait eu deux autres fils, Christian et Pascal. Pascal était le plus jeune. Il avait grandi à Bordeaux puis suivit, comme Lucien, une formation de chirurgien-dentiste à la faculté de Bordeaux. Il était ensuite venu s’installer à la Réunion en reprenant le cabinet de mon grand-père.
Pascal est très classe. Il reçut une éducation bourgeoise dans les meilleures écoles de Bordeaux. Il ne manque pas d’humour non plus mais il a l’art de la critique, pour ne citer qu’un défaut. Il est également mon parrain. Il avait eu des difficultés financières importantes ces dernières années et était reparti à Bordeaux pour y exercer croyant que ce nouveau départ lui permettrait de s’en sortir.
Je rendis une première visite à Pascal alors que j’étudiais à Paris.
- « Il faut que je sorte le carnet de chèque », me dit-il.
Sa remarque me heurta un peu et ce d’autant plus qu’il ne m’avait jamais fait de cadeau. Au bout de quelques temps, il comprit, qu’au fond, j’avais une bonne nature et que je cherchais simplement un peu de présence familiale.
Les années bordelaises de ma grand-mère et de ses enfants furent assez difficiles. Ils vivaient dans un tout petit deux pièces et dormaient à plusieurs dans la chambre. Mon grand-père envoyait un peu d’argent. Il ne fallait pas lui dire lorsque la famille avait réussi à avoir quelques gains additionnels soit par une aide sociale soit par l’obtention d’une bourse d’études. En effet, il calculait au plus juste la pension qu’il versait à ma grand-mère, et qui n’avait pas été décidée en justice. Il se considérait lésé dès que des revenus externes venaient s’y additionner. La somme qu’il versait était bien évidemment suffisante pour se nourrir mais pas pour satisfaire les besoins de loisirs que l’on peut avoir dans une ville Bon Chic Bon Genre comme Bordeaux quand on est adolescent ou étudiant.
Ma tante fréquentait le beau monde et, comme elle ne pouvait inviter ses amis chez elle pour les remercier de leur propre hospitalité, elle les invita de temps à autre au restaurant. Aujourd’hui qu’elle peut les recevoir dans sa grande villa pieds dans l’eau de Saint-Gilles les bains, elle est devenue la reine des réceptions de personnalités du petit gotha local. Son plus illustre invité est, depuis la fin de l’année 2006, le Préfet de La Réunion, Pierre-Henri Maccioni. Elle était déjà parvenue à sympathiser avec quelques sous-préfets mais jamais n’avait-elle encore réussi à atteindre le préfet lui-même. Sans doute mes communications avaient-elles joué un rôle. Le préfet avait ainsi l’occasion de voir très régulièrement ma grand-mère Colette, qui vivait chez ma tante, et par là même de discuter avec elle.
Sans doute avait-il été mis à contribution dans le cadre de l’enquête en cours au sein du Ministère de l’Intérieur.
« De toutes les façons, si le mur tombe, je serai simplement muté ailleurs » confia-t-il un jour à ses hôtes. Il avait été auparavant en poste à Saint-Brieuc, dans les Côtes d’Armor. Etait-ce un signe dans la mesure où je portais le prénom Pierre-Brieu ?
Il ne devait de toute façon rien apprendre car ma grand-mère était muette comme une tombe surtout vis-à-vis de personnes étrangères à la famille. De plus, bien qu’elle faisait très régulièrement des allusions au Comte de Paris, elle n’en parlait presque jamais de façon claire, ce qui était très agaçant. Elle semblait en effet assez remontée contre lui. Elle alla même jusqu’à dire un jour où elle était de mauvaise humeur que ce sont les Bourbons d’Espagne qui sont légitimes. Quel reniement !
En fait, ma grand-mère souffra beaucoup de ne pas avoir été reconnue par le Comte de Paris et pensait qu’elle devait tout à Franck Jamain de lui avoir offert cette reconnaissance qu’elle attendait tant. Sans doute aurait-elle préféré que celle-ci vienne du Comte, son vrai père. Mais celui-ci n’avait encore rien fait pour cela et Jamain en profita en jouant le rôle de père de substitution. Pour ma part, je crois que le cadeau de Jamain est un cadeau empoisonné car le Comte aurait fini par reconnaître sa fille aînée avec laquelle il avait partagé de bons moments lorsqu’elle était enfant. Jamain eut le culot de voler la paternité du Comte. Lui, le sans grade, il avait réussi à enlever au roi sa petite princesse et en faire sa fille adoptive. Dieu ne lui pardonna pas et il mourut peu d’années après avoir reconnu ma grand-mère. Cette mort était-elle toutefois accidentelle ?
Curieusement, la disparition de Jamain cristallisa chez ma Grand-mère l’image d’un père sauveur qui accomplissait ce que son propre père n’avait pas su encore faire. Quand elle nous parle de Jamain, c’est comme s’il était autant son père que le Comte de Paris. Cette idéalisation de Jamain mort est, me semble-t-il, assez pathétique.
Je fus assez surpris de découvrir dans une toile que ma grand-mère avait peinte et qui se trouvait chez moi qu’un corps gisait. Il était visible si l’on observait bien la toile. Je le montrai à plusieurs personnes qui toutes furent aussi surprises que moi. La toile était composé de grosses tâches de couleur et représentait une petite maison bordant, d’un côté, un cours d’eau en lisière de forêt et, de l’autre, une petite prairie. C’est dans cette prairie que l’on pouvait apercevoir une couleur grise qui tranchait avec l’ensemble de la toile et dont on pouvait deviner un corps surmonté d’une tête et avec deux jambes mais sans bras. Avait-on assassiné Jamain ? Ma grand-mère voulait-elle exprimer cet assassinat dans sa peinture ? Reprochait-elle aux Bourbons d’Orléans non seulement de ne pas l’avoir reconnue mais, en plus, d’avoir causé la mort de ce père de substitution ? Colette était plutôt tourmentée par ce passé et nous donnait souvent le spectacle de chants assez sinistres.
Comme son demi-frère Henri d’Orléans, ma grand-mère Colette a un réel don pour la peinture. Elle a peint de nombreuses toiles qui sont toutes exposées chez ses enfants et qui laissent toujours réfléchir sur l’intention de l’auteur. Cultivant les nuances, sa peinture est celle de la suggestion. Pour comprendre réellement son art, il faut connaître l’histoire de ma grand-mère. Chaque toile fait en effet référence de façon très imagée, subtile et mystérieuse à des épisodes tourmentés de sa vie.
Nous avons reçu récemment, en cet hiver austral renaissant, la visite de David, un neveu par alliance de Didier qui était le fils de Franck Jamain. David est devenu curé dans le Gard. Il nous fit une excellente impression parce qu’il se révélait très cultivé et d’un naturel fort aimable.
David nous fit remarquer dès le début de la conversation, lors de l’apéritif, que son oncle par alliance était beaucoup plus jeune que ma grand-mère. Plus tard, au dîner, lorsque le rôti fut servi, on commença à parler de politique bien qu’on avait essayé de l’éviter au maximum jusque là.
Notre curé nous confiait qu’il était plutôt royaliste. Il se dit légitimiste, c’est-à-dire en faveur des Bourbons d’Espagne. Je commençai à rougir de colère et éclata.
« C’est douloureux », dis-je.
Ma grand-mère me fit discrètement signe de me taire. Je gardai donc mon sang-froid et restait sur la réserve. Je lui dit que j’étais plutôt pour les Orléans et que le dernier Roi à avoir régné était Louis-Philippe 1er et que, par conséquent, il constituait la dernière dynastie régnante et était de toutes les manières un Bourbon descendant directement du frère de louis XIV qui avait lui-même régné sur la France en tant que Régent.
« Premier. Dernier », me fit-il, en parlant de Louis-Philippe.
A croire qu’il fait exprès pour nous faire parler. Il avait apporté un appareil photo énorme et plutôt réservé aux professionnels et je le soupçonnai rapidement d’être là pour faire une enquête. En effet, après des années de silence, voilà un curé « Jamain » qui débarquait dans notre vie et juste au moment où j’avais informé tant les autorités françaises que l’Eglise catholique de mon identité véritable. Je ne pus me retenir davantage face aux inepties qui sortaient de sa bouche et qui me paraissaient une trahison vis-à-vis de Dieu, de la Couronne et de la France.
« Alors, vous êtes orléaniste » me dit-il.
« Je ne suis pas un orléaniste, mon père, je suis un Orléans ! » lâchai-je, ayant perdu le contrôle de moi-même.
« Comment ça, vous avez des liens avec les Orléans ? » demanda-t-il à la famille.
« C’est biologique. Demandez à Didier, il est au courant » répondis ma tante sans vouloir dire le nom.
Puis j’expliquai au père David qu’il s’agissait du Comte de Paris.
« Ça tape sous le soleil » dit-il.
Ma famille ne me soutint pas dans mes révélations, par un peu de jalousie me semble-t-il, mais aussi par sentiment de honte vis-à-vis de l’argent perçu par mon Grand-père qui pouvait laisser entendre que nous n’avions pas réussi par nous-mêmes.
Ma sœur me dit souvent que je vais me prendre une balle dans la tête à continuer de communiquer. Est-elle à ce point naïve pour croire cela encore possible ?
Me laisser passer pour un fou ne dérangeât personne.
Je me sentis obligé d’envoyer le lendemain même au père David le dossier de communication complet que j’avais déjà envoyé à de nombreux destinataires plus importants que lui pour qu’il réalisât que tout ceci était bien sérieux et qu’il ne fît pas un rapport négatif sur notre état mental à son oncle. Ce dossier comprenait une note explicative, un exemplaire de mon Curriculum vitae, une série de quatrains de Nostradamus très précis, les photos de ma famille ainsi qu’une photo de feu le Comte de Paris que j’avais récupérée sur Internet.
Je n’avais pas encore inclus dans mes dossiers de communication la lettre que Nicolas Sarkozy m’avait envoyée un peu plus tôt, le 11 avril 2007, et dans laquelle il reconnaît ma filiation avec le Comte de Paris après des mois et des mois d’enquête au Ministère de l’Intérieur.
La lettre était adressée à « Pierre-Brieu HOAREAU DE BOURBON D’ORLEANS ». Ce nom figurait sur la lettre elle-même ainsi que sur l’enveloppe ayant servi à l’envoi. S’il m’appelle ainsi dans une lettre qu’il a personnellement signée, c’est que l’enquête a enfin abouti. Et favorablement. Ainsi, Nicolas Sarkozy me reconnaît-il enfin. Il disait avoir pris connaissance des problèmes d’une lettre que je lui avais envoyée plusieurs mois auparavant. En fait, il y en avait eu plusieurs, toutes envoyées à son Cabinet et à la Direction des renseignements généraux et exprimant mon vœu que ma filiation avec le Comte de Paris soit reconnue et médiatisée. Dès juin 2006, je rappelle au lecteur que j’avais alerté Emmanuelle Mignon qui travaillait avec Sarkozy à son Cabinet du Ministère de l’Intérieur. Je lui demandai de m’aider à organiser une médiation avec la famille connue du Comte de Paris. Elle me répondit « Je vais voir » dans un courriel de réponse (en annexe) comme si elle était déjà au courant. En tous les cas, cela prouve que le Cabinet de Sarkozy fut mobilisé sur cette affaire dès juin 2006. La lettre de Sarkozy de ce mois d’avril 2007 signifiait que l’enquête avait abouti à des résultats positifs et que j’étais bien de façon objective et biologique l’arrière petit fils du Comte de Paris.
Lorsque je fus en voyage à l’Ile Maurice un peu plus tôt, à partir du 1er mars 2007, au lendemain du cyclone Gamède qui venait de balayer l’Ile, je pris une enveloppe du prestigieux palace où je séjournais. Il s’agissait du Royal Palm, l’adresse la plus prestigieuse de l’Océan indien, où j’avais eu un tarif préférentiel en raison de mon passeport mauricien et d’une période de fréquentation moyenne. Je glissai une mèche de mes cheveux accompagnée d’un petit mot explicatif demandant un test ADN. J’avais quelques semaines plus tôt également envoyé une mèche de mes cheveux à la Direction des Renseignements Généraux ainsi qu’à plusieurs ambassades. Cette fois ci, le destinataire de l’enveloppe fut Laurent Solly du Cabinet de Sarkozy, que j’avais rencontré et que je connaissais. Il est au courant des questions liées à ma filiation dès le milieu de l’année 2006.
Je pense que cette mèche contribua beaucoup à l’avancement de l’enquête car elle permit certainement de rapprocher mon ADN au profil génétique des Bourbons d’Orléans, ou mieux encore. Néanmoins, je suis persuadé qu’un dossier existait déjà. En effet, l’intelligence française ne pouvait se désintéresser complètement du devenir de la fille aînée du Comte de Paris, bien qu’elle ne fût pas encore reconnue comme telle. Je suis sûr que cela ne passa pas inaperçu à l’époque et ceci d’autant plus que ma grand-mère séjourna au Maroc et fut donc en contact avec son père biologique et la famille du celui-ci.
Mais, peut-être, le dossier avait-il été volontairement perdu ? Peut-être était-ce Raymond Barre qui s’en était débarrassé pour le compte de mon grand-père quand il était premier Ministre, ce qui expliquait leur entretien de Matignon. Peut-être était-ce un autre. Peut-être était-ce Jacques Chirac à qui j’avais écrit plusieurs fois à ce sujet et qui ne m’avait jamais répondu ? Peut-être était-ce Dominique de Villepin ?
Si ça se trouvait, le dossier n’avait jamais disparu. Les responsables politiques avaient simplement été soit écartés de sa connaissance soit désintéressés par son contenu.
Quoi qu’il en soit, Nicolas Sarkozy me renouvelle dans son courrier ses remerciements de l’avoir informé, ce qui me laisse penser que mes révélations lui ont permis d’aller rechercher le dossier et ainsi de le sortir des oubliettes de l’Histoire pour lui redonner toute sa jeunesse et son actualité. Ou alors ma mèche de cheveux a-t-elle permis de créer un dossier qui ne l’avais jamais été ou qui avait disparu… ? Je pense que tout cela relève de ces secrets d’Etat qui ne filtrent pas et qu’il sera longtemps difficile de savoir ce qu’il en a été réellement.
Nicolas Sarkozy ne fut pas le seul ministre à prendre ma demande en considération. Madame Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Défense, semblait également sur le coup. En effet, lorsque je repris contact avec le Ministère de l’Intérieur au début du mois de janvier 2006 par le biais de deux lettres contenant chacune un dossier complet, j’en profitai également pour envoyer un exemplaire à la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE). Je reçus une réponse très floue d’un service des recrutements spécifiques, en date du 15 février 2007, alors que je n’avais pas encore demandé de travail à ce ministère, dans lequel on me précisait que mon courrier avait été transmis au service susceptible d’être intéressé par mon profil pour une « étude approfondie ». Ils qualifiaient l’objet de mon courrier de « proposition de collaboration », langage très feutré qui faisait référence aux informations que je leur avais fournies dans le cadre de ma demande de reconnaissance.
Le Ministère de la Défense avait donc également enquêté. Malheureusement, lorsque je les contactai par téléphone, deux mois plus tard, pour suivre l’évolution de ma demande, ils me précisèrent que ce type d’affaire ne pouvait faire l’objet d’un suivi et qu’ils ne pouvaient pas me dire à quel service ma demande avait été transférée. Ils rajoutèrent, qu’éventuellement, ce serait le service en question qui allait prendre directement contact avec moi.
Je les appelai à nouveau un mois après. On me répondit que le Ministère de la Défense n’était pas compétent et qu’il fallait plutôt que je recherche un certificat auprès du Ministère de l’Intérieur qui, lui, était le seul ministère habilité à traiter d’une affaire que l’on jugeait « franco-française ».
Il est vrai que si l’on me « promène » de ministère en ministère, je ne suis pas dupe. J’éprouve, cependant, un grand respect pour toutes les institutions de la République. Souvent, quand la France va mal, on pense à un recours royal pour la piloter. De Louis de Bourbon, descendant de Philippe V d’Espagne, petit fils de Louis XIV, qui est, pour les « légitimistes », le prétendant à Jean d’Orléans, descendant de Louis-philippe, seul héritier pour les « orléanistes », ils se prononcent que trop rarement sur notre système politique. Quant à moi, je suis du siècle, dans le siècle et n’hésite pas à contribuer à exercer mon devoir citoyen. Je vous livre donc mes commentaires sur le discours d’Epinal de Nicolas Sarkozy.
Comme tous les Français, j’ai beaucoup attendu l’intervention du Président Sarkozy sur l’avenir de nos institutions. Celles-ci n’ont pas réellement été au cœur de sa campagne car nous, les Français, voulons de l’action sur des thèmes concrets relatifs à notre avenir.
Les Français souhaitent un retour du politique dans un monde où la règle a pris le pas sur le réel. Je pense que les institutions sont une question secondaire et que l’action s’accommode très bien de tous les systèmes possibles, de l’absolutisme au parlementarisme intégral.
Néanmoins, Nicolas Sarkozy a eu raison de défendre, dans son discours d’Epinal, la vision d’un Etat fort grâce auquel il pourra vraiment conduire l’action qu’il a promise, tant il entend répondre à cette immense et inédite attente que les Français lui ont exprimé par leur vote.
Comme lui, je pense qu’il faut dissocier le temps du débat démocratique de l’action politique dans un souci d’efficacité. Le parlement ne doit pas pouvoir sans cesse remettre en cause le résultat issu des urnes car un mandat présidentiel, c’est avant tout un mandat pour agir.
Mais je ne suis pas favorable à ce que l’Etat soit le seul levier de l’action politique. Je me méfie d’un lien trop direct et trop abstrait avec les individus. Je crains un Etat qui façonne la société et cherche à monopoliser son destin au détriment des corps intermédiaires.
J’approuve la vision d’un Etat fort à la seule condition que celui-ci soit l’instrument d’une volonté politique. Le Président doit garder l’essentiel de ses prérogatives vis-à-vis de l’Administration pour éviter toute forme de bureaucratie qui représente un danger de paralysie, néfaste à l’avenir de la France.
La société française a le sentiment de ne plus maîtriser son destin car ce ne sont plus les hommes mais des règles froides et bien trop autonomes qui nous disent ce que nous devons faire. Les décisions collectives ne peuvent se prendre que sur la base d’un accord à minima car, pour obtenir l’adhésion de tous, l’on doit préférer l’inaction à la discorde. La prise de décisions étant ainsi diluée à l’extrême, personne n’en assume plus la responsabilité. Nicolas Sarkozy souhaite responsabiliser davantage la politique et je pense que cela doit passer par le retour d’une hiérarchisation clairement identifiée des rôles et une recentralisation de la prise de décisions.
Je regrette la systématisation du concours pour entrer dans la fonction publique car nombre de hauts fonctionnaires font de cette formalité du recrutement une source de leur légitimité pour s’opposer à la légitimité politique. Bien que Nicolas Sarkozy ait l’intention de réduire le nombre de fonctionnaires, j’espère qu’il rétablira un quota important d’emplois contractuels ou à durée limitée à tous les niveaux. Dans le domaine de la diplomatie par exemple, davantage de consuls et d’ambassadeurs doivent pouvoir être nommés à la discrétion du Président en dehors du personnel du Quai d’Orsay.
De façon générale, un seul homme, le Président, doit pouvoir mettre en œuvre une volonté politique claire et précise sans avoir à se soucier exagérément, comme nous venons de l’évoquer, ni de la contrainte parlementaire, ni de la contrainte bureaucratique. Mais il ne doit pas non plus, à mon sens, trop attacher d’importance à sa popularité ou à son image.
La limitation du nombre de mandats présidentiels doit justement permettre au Président de gouverner sans avoir à penser à la question de sa réélection. Je vais encore plus loin que Sarkozy en étant favorable à un seul mandat présidentiel d’une durée aussi courte que possible. En effet, celui qui veut vraiment faire du bien à la France aura suffisamment de temps en un seul mandat et pourra s’y consacrer pleinement.
Je souhaite un rôle limité pour le Premier ministre car, si le Président est l’homme politique par excellence, le Chef du gouvernement est avant tout un technicien. Il ne doit pas pouvoir trop facilement dire à son « employeur » qu’un projet n’est pas souhaitable. Il doit se limiter à un avis impartial sur la faisabilité technique dudit projet, assorti d’une batterie de propositions pour contourner d’éventuelles difficultés.
En revanche, il est bon que ce soit le Président qui se rende en personne devant le Parlement en assumant moralement la responsabilité de la politique du gouvernement qu’il a lui-même nommé. Il faut arrêter de faire du Premier ministre le bouc émissaire systématique des erreurs du Chef de l’Etat. Conduit à « mouiller sa chemise », un Président aura d’autant plus la volonté et la liberté d’agir conformément à lui-même et de répondre aux attentes des Français.
La France n’est pas seulement une idée ou une construction. Elle est une substance qui s’incarne dans une Histoire et dans des réalisations concrètes. Le Président est le dépositaire d’un héritage inestimable.
Je suis favorable au renforcement de la responsabilité du Chef de l’Etat en contrepartie d’une éventuelle présidentialisation du régime. Nicolas Sarkozy lui-même insiste beaucoup sur cette notion de responsabilité. En principe, plus on est responsable, plus on a de pouvoir d’agir.
Une procédure d’ « impeachment » doit, comme aux Etats-Unis, permettre la destitution par le Parlement d’un Président qui commettrait des fautes pénales graves pendant la durée de ses fonctions. Mais les conditions de sa mise en œuvre doivent être lourdes car il ne faudrait pas qu’une telle procédure devienne elle-même un facteur de paralysie qui limiterait la prise de risques. Un Président ne peut effectivement pas se contenter d’un rôle de gestionnaire passif de ce qui existe. Il doit faire évoluer la société et protéger les Français en utilisant toute la palette de moyens mis à sa disposition. Il doit être capable dans certains cas de surmonter des blocages techniques, administratifs ou juridiques, pour faire prévaloir l’intérêt du pays.
Nicolas Sarkozy a raison de souhaiter un régime politique stable. Toutefois, les crises sont souvent salutaires et la représentativité de la société française au Parlement aurait le mérite de renouveler plus rapidement le débat politique. Je suis favorable au maintien du scrutin majoritaire à condition d’introduire une forte dose de proportionnalité, ce que le Président avait d’ailleurs lui-même envisagé au cours de sa campagne.
En effet, si je ne suis pas favorable à une dérive bureaucratique, il n’y aucune raison que j’approuve en revanche le fait que les partis politiques s’octroient une légitimité qu’ils ne devraient pas avoir dans un contexte démocratique et qu’ils deviennent eux-mêmes un élément de paralysie à l’action présidentielle.
Le discours de Nicolas Sarkozy prononcé à Epinal reflète son sens des responsabilités car il reconnaît la qualité d’ensemble des institutions de la Ve République et souhaite mener son action politique dans ce cadre éprouvé.
Ce ne sont de toute façon pas les institutions mais les hommes qui font la politique et je suis sûr que le souhait du Président de redonner ses lettres de noblesse à celle-ci est sincère et qu’il sera capable de redonner à la France la fierté de son identité, de son histoire, une certaine confiance dans son avenir et un attachement de tous les jours à la vérité, sans aucun tabou.
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